Les armes secrètes
 



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10 août


Buenos Aires est une ville quadrillée, et c'est pourquoi selon le mot d'un écrivain célébre, 'la parcourir ressemble à une partie de dame".

avons élu domicile dans San Telmo, quartier des antiquaires et des parillas. Acheté quelques bijoux et, dans un magasin de la Calle Defensa, des vieux vinyles de Tango avec l'idée de trouver en rentrant une platine sur ebay.

Les taxis sont bavards. Le coup de boule de Zidane, le cousin de Nancy ou de Lyon. Comme je connais déjà Borges et Cortazar, je lis les "mystères de Buenos Aires" de Manuel Puig, dont j'apprend qu'il était à l'origine du film de Wong Kar Waï "Happy together". Une enquête dans les milieux artistiques des années 60. Repas alternant bife de chorizo, emapanadas, vino.

Nous gagnons par voie aérienne le nord et la frontière brésilienne où l'on peut admirer les chutes d'Iguazu, qui sécheresse ou pas restent un spectacle à méditer (ces gros bouillons qui ne s'arrêtent jamais, jamais, et ce depuis des siècles et pour des siècles quel boulot!) Je pense que je pourrai vivre dans la jungle, cela doit correspondre à un état intérieur, un relief et une température de l’esprit. Quelques toucans, singes et raton laveurs. Le fils d’un des rangers a été dévoré par un jaguar l’an dernier.

Salta dans le Nord ouest. Vallées arides et désert de sel. La quebrada de Humahuaca,région pauvre et indienne. Les vignes de Cafayate.

Je reste seul en ville après le départ de C. j'attends l'avion pour Buenos Aires puis Paris. Je traîne sur la plazza quand M. m'apelle de New Delhi. On parle presque 30 minutes alors qu'on est chacun à un bout du monde.












4.9.06 12:35


A la radio un philosophe se définit comme "intellectuellement pessimiste et psychologiquement mélancolique". Le gars associe ça à la mort de son père quand il avait dix ans. Kerkegaard, Schopenhauer, confirment.

Super pour commencer un dimanche. Bizarre de venir expliquer comme ça à la radio qu'on trouve la vie nulle. Surtout qu'il ne fait pas beau comme hier... Il devrait plutôt se réjouir de passer à la radio... Il se revendique comme ça en plus, genre, c'est un métier. Mouais...S'il souffrait vraiment, il ne viendrait pas s'en vanter...Désolé mais certains ne sont pas faits pour les grandes douleurs...C'est un recalé comme moi...Le couplet de Ferré, où il dit que la mélancolie, est "un désespoir qu'a pas les moyens".

23.4.06 12:29


Hier j'ai acheté mes billets pour l'Argentine sur le site d'Air France. Coup de panique parce qu'en deux clics, on se retrouve débité et pieds et poings liés sans assurance d'annulation. J'appelle le service technique pour qu'il rajoute l'assurance, valable qu'en cas de "force majeure", accident ou maladie grave ou décès d'un proche. En petits caractères, il est écrit que l'assuré n'est pas remboursé en cas de suicide ou tentative de suicide.

J'envoie en copie le billet électronique à ma petite soeur, qui m'attend là-bas. (mais j'arriverai seul et repartirai seul de Buenos Aires). Le soir je préviens SP que je ne serai pas là du mois de juillet. Semble s'en foutre comme de tant de choses.

Aujourd'hui travail. Revoir ci et ça, préparer le rendez vous de vendredi (lu la bible d'une série avec des super flics, y a plus que ça à la télé. Cette fois c'est un gendarme d'élite qui a des flashes avec la solution du crime). Hier justement, je zappais sur un épisode de "Blind Justice" ou le flic est aveugle. Il se balade avec sa canne et son chien, et manque de pot il peut pas voir que son équipière est un canon. Il n'a pas de flashes mais il s'en sort bien quand même.


Sinon j'ai un nouveau téléphone avec lequel je peux faire des petits films.

19.4.06 10:54


"J'ai de plus en plus la conviction qu'un jour où l'autre, obligatoirement, mon pain me viendra de mon travail, car c'est un travail qui donc, en tant que tel, est nécessaire, et il doit être possible de le faire et d'en vivre, s'il est bien fait. Aussi longtemps que celà sera possible, je ne veux pas faire deux choses à la fois, séparer mon gagne pain de mon travail, mais bien plutôt trouver les deux dans la concentration d'un même effort..."

Rilke qui vécut toute sa vie aux crochets de mécènes.


Je commençais par lire ça ce matin, je trouvais dans le livre un mot d'une fille qui avait été ma petite amie quelques semaines il y a plus de dix ans. Elle avait un nom indien et des avants bras poilus, de grands yeux noirs. J'allais l'attendre devant la fac de médecine. J'ai toujours passé des livres aux filles.

11.4.06 10:51


A cause des travaux d'en face je mets des boules quies. Tout à l'heure, j'ai oublié de les enlever pour sortir faire des courses. Finalement c'était pas plus mal. J'aime bien, tout le monde baisse d'un ton. Quelle tranquilité! et ça gratte même pas. Peut être que je pourrais les garder tout le temps. Même quand je téléphone ou joue de la guitare.

30.3.06 14:30


Hier j'ai traversé le boulevard Montparnasse tandis que des hordes des CRS se dirigeaient vers les Invalides, tels une armée en déroute. Il se dégageait des troupes une sorte de nonchalance guerrière, ils avancaient avec une étrange lenteur et dans un relatif désordre. Moi j'écoutais "I want you" un vieux tube de Pulp. En ce moment, je pense un peu à la politique, on dirait qu'elle vient me tirer du lit.

Hier SP m'a convoqué pour me dire qu'il ne voulait plus que je lise les dossiers pénaux comme inspiration pour des sujets. (il était pourtant d'accord au début) Je le fais plus beaucoup, mais l'autre jour une des secrétaire m'a vu plongé dans un dossier et m'a apparemment dénoncé lors de la réunion hébdomadaire - à laquelle je n'assiste pas. On me donne des tache supplémentaires pour que je ne me sente pas désoeuvré. les manifestants passaient pas loin des bureaux l'autre jour. AC a dit, "merde, y en a qui bossent".

après avoir raté la séance de "Girls in America", vécu l'enfer pendant 3/4 d'heure devant le crispant "Oublier cheyenne" (qui se veut la sensation film d'auteur du moment...)

24.3.06 12:36


Hier dans ce chinois de la rue au maire, comme on parlait du livre de Biskind (un recueil de ragots sur Sundance et le cinéma américain indépendant), la conversation a roulé sur Redford, et pour énerver JS j'ai dit que "Au milieu coule une rivière" valait bien tous les Eastwood - dans mon souvenir c'était pas si mal - puis comme j'avais aussi défendu la mise en scène de "Capote", il a été question de "l'académisme", mot fourre tout que je trouve employé de manière rapide et commode pour parler de cinéma. On pourrait dire qu'est "académique" une oeuvre qui se contente pour exister de suivre des normes préétablies, qui ne se soucie pas d'innovation formelle, ou ne parvient pas à innover. Mais bon reste à savoir où se situe cette innovation, en quoi consiste la forme au cinéma.

On ne peut pas réduire un film à son évidence visuelle ou sonore (pas besoin de filmer comme Carax ou comme Van Sant pour échapper à l'académisme), à son éxécution technique, à ses effets. La forme n'est pas une chose aussi extérieure, elle ne se saisit pas si facilement. Donc dire qu'on a aimé "Capote" ou "Brokeback Mountain" mais sans aimer leur mise en scène "académique" me semble bizarre, c'est comme aimer un plat et critiquer sa recette - on peut pointer des insuffisance de ces deux films autrement que selon cette vieille et stérile opposition entre académisme et innovation, classicisme et modernité. La forme d'un film est plutôt la trace qu'il laisse en nous après l'avoir vu. C'est là qu'on voit que certains en ont une et d'autre pas. Ou, comme disait Daney, il y a peu de films qui "existent".

 
Quand je préparais mon film, une fois que j'ai eu scénarios, acteurs, décor et plan de travail, je me suis attelé au découpage, j'ai regardé beaucoup de films car j'avais peur, et je me suis aperçu que les bons et les mauvais films étaient, à quelques détails près, découpés pareils. Que les notions de classicisme et de modernité n'étaient d'aucune utilité, ni pour la compréhension ni pour la fabrication du cinéma. J'ai aussi lu une interview de Pialat qui disait que, dans ses films il n'avait rien contre le champ contre champ car il trouvait que c'était un "moindre mal", et qu'on perdait du temps à vouloir l'éviter car il n'y a pas 36 manières de filmer quelque chose - il est beaucoup plus difficile de chosir et de définir cette chose.Quand on place sa caméra, une foix l'axe et l'action définis, on choisit deux trucs: loin/proche et large/serré. Sorti de là, pas grand chose. Tout film est donc académique.

Quand on parle de mise en scène, on ne sait pas de quoi on parle, comme quand on parle d'une personne en la résumant à son physique. Yeux bleus, long nez, petit seins et grands pieds... Ce n'est pas ça qui fait qu'on en tombe amoureux.

18.3.06 17:32


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